LX18

Imaginez un monde où deux nations se font la guerre depuis plusieurs générations. L’une d’elles finit par prendre l’avantage grâce aux Altérés, de jeunes soldats génétiquement modifiés pour ne ressentir aucune émotion.
Quand la paix est décidée, ces jeunes sont envoyés dans différents lycées pour qu’ils s’intègrent à la vie civile. LX18 va désormais devoir vivre dans un monde qu’il ne comprend pas…
Il s’agit d’une histoire assez différente de Norman n’a pas de super-pouvoir, sur le fond comme sur la forme. Au-delà de la question de la différence, j’ai voulu réfléchir à l’importance de nos émotions, qui régissent la plupart des décisions de nos vies qu’on croit pourtant conduites par la raison. C’était aussi l’occasion de rendre hommage à la littérature, au cinéma, à la peinture, mais pour le comprendre, je vous laisse suivre les pas d’LX18…
Merci à Jules Julien pour la couverture ! En savoir plus sur son travail.
LX18 a été sélectionné dans de nombreux prix : prix Sirennes, prix Litterado, prix Pierre Bottero, prix Utopiales Jeunesse, prix Latulu, prix de la plume à l’Oreille, prix littéraire de la Citoyenneté, prix MFR du Maine et Loire, prix Summer…
Une sonnerie molle a retenti, indiquant la reprise des cours. Des individus se sont précipités sans ordre dans les couloirs, agités et rieurs. J’ai dénombré douze filles et quatorze garçons. L’un d’eux nous a observés, les sourcils froncés, avant de nous interroger :
– Vous êtes qui, vous ? Des nouveaux ?
Le regard braqué devant moi, les mains croisées derrière le dos, je n’ai pas décroché un mot. J’attendais que l’enseignant se présente et expose lui-même la situation.
L’individu a semblé plus animé à l’idée que je ne réponde pas à sa question, il s’est emporté. Cheveux noirs, teint mat. Il était pourvu d’une stature plutôt correcte, mais manquait manifestement d’agilité dans ses mouvements. Moi, en revanche, je suis formé à plusieurs techniques de combat, dont le krav-maga et le jiu-jitsu. J’avais été entraîné à me battre à mains nues avec un paquetage de quarante kilos sur le dos et dans un état de fatigue avancé. Je savais que je n’avais rien à craindre de lui. Une jeune fille lui a demandé :
– Qu’est-ce qui se passe, Dimitri ?
– Y a deux nouveaux guignols et ils ne veulent pas desserrer les dents, on dirait.
Un autre a haussé les épaules :
– Fous-leur la paix, c’est des altérés. T’as pas entendu ? On les envoie au lycée, maintenant.
– Quoi ? Mais pour quoi faire ? Ces neuneus à la gâchette facile vont tout faire péter à la moindre occasion !
Un autre encore nous a demandé, en reculant d’un pas :
– Vous êtes armés ?
– Négatif, a répondu 45.
Très vite, un attroupement s’est formé autour de nous. Comme moi, 45 ne bronchait pas. Elle ne semblait pas intéresser le dénommé Dimitri. L’enseignante est arrivée. Petite carrure, grandes lunettes, cheveux en bataille. Signe particulier : yeux vairons. Elle avançait à pas modérés comme si elle ignorait où elle devait aller. Elle a ouvert aux élèves qui ont envahi la salle sans la saluer. Nous avons attendu que tout le monde ait déserté le couloir et nous nous sommes annoncés.
– Matricules LX18 et LX45. Nous sommes affectés dans cette classe, madame.
Elle a sursauté et a reculé.
– Comment ça, « affectés » ?
Elle n’avait apparemment pas été prévenue, il a donc fallu expliquer la situation. Indécise, elle a fini par nous accorder la permission d’entrer et nous a placés au fond de la salle, sans juger utile de nous présenter aux autres. Les regards se sont braqués sur nous, en silence, avant que le professeur ne demande de sortir le matériel. Assis dans la rangée voisine, Dimitri me fixait toujours et a profité du brouhaha des élèves qui s’installaient pour m’adresser à nouveau la parole :
– Comme je ne suis pas soldat, si je te frappe, tu ne vas pas répliquer. Si ? Après tout, vous devez protéger les civils, c’est votre mission, non ?
Je n’ai rien répondu, guettant le retour à l’ordre général et le début du cours. Il s’agissait d’une leçon de géologie. Le contenu était très approximatif par rapport à ce que nous avions appris à la base.
Dimitri a fini par se désintéresser de moi, mais il me lançait régulièrement des œillades. Il me paraît utile de signaler qu’à la fin de la séance, il m’a barré le passage vers la sortie. N’ai pas réagi.
Une jeune fille s’est alors approchée. Élancée, épaules légèrement voûtées, cheveux bruns relevés en un chignon rapide. Signes particuliers : grain de beauté à droite, sur le cou. Elle a fini par dire :
– Les gens comme vous sont pas les bienvenus ici.
Nous sommes restés un moment silencieux. Quand l’enseignante a demandé la raison de ce rassemblement, Dimitri s’est tourné vers sa camarade :
– Allez, Philo, on se barre, va ! Ils tiendront pas quinze jours, de toute façon.
Mais en me laissant la voie libre, au moment où je passais à sa hauteur, il a murmuré, de manière à ce que je sois le seul à entendre :
– Vous avez intérêt à dégager vite fait…
Playlist
Les chansons qui m’ont accompagné durant l’écriture…
Presse
- RCF Vendée, lors du Printemps du Livre de Montaigu (avril 2022)
- Un article dans Science et Vie Junior, mars 2023

- L’Actu, mars 2022



















